Riester, l’apprenti d’Hadopi

A 35 ans, Franck Riester paye pour apprendre. Rapporteur du projet de loi dit Hadopi, le jeune député, piégé par l’opposition, a vu "son" texte être rejeté par l’Assemblée nationale cette semaine. Dans les petits papiers de l’Elysée, l’homme doit désormais prouver sa capacité de rebond. Objectif: le scrutin européen, pour lequel il a été nommé directeur de campagne de l’UMP.

Il était scotché à son banc, possédé par l’appréhension de la catastrophe, mais empêché de réagir: le rapporteur d’un projet de loi n’a pas le droit de se déplacer dans l’hémicycle. A un moment, il s’est levé quand même, rattrapé par l’huissier – "Riester, au banc!" – pour souffler à un assistant du groupe UMP: "Il se passe quelque chose, les socialistes préparent un truc!" Mais c’était trop tard, on allait voter, et Franck Riester, 35 ans, député UMP de Seine-et-Marne, a vu soudain jaillir des socialistes goguenards, les renforts narquois de l’opposition qui, à l’arraché, allait battre, ce jeudi, "son" projet Hadopi contre le téléchargement illégal, 21 députés à 15…

Sarkozy flaire l’ambitieux efficace

Plus tard, s’il devient ce qu’il promet d’être, un taulier de la droite, il se souviendra de l’histoire comme d’une anecdote d’apprentissage. Aujourd’hui, il est juste vexé, sachant qu’il n’est pas le plus coupable alors que toute la machine UMP a raté, mais se demandant quand même s’il n’aurait pas dû crier plus fort. "J’aurais dû exiger qu’on appelle Copé…" convient-il. Il est triste, tant il y croit, refusant la "démagogie de la gratuité", mais confiant que le projet, simplement retardé, repassera: "Si la droite n’assume pas la défense de la propriété intellectuelle, on ne sert à rien."

Ainsi va ce jeune volontariste. Diplômé de gestion, futur grand techno du capitalisme chez Arthur Andersen, il a changé de vie en reprenant la concession automobile de son père, à Coulommiers, il y a dix ans. "Vendeur de bagnoles" dans la vraie vie et militant RPR depuis l’adolescence. Longtemps, il était l’espoir et l’ami de Guy Drut, avant de s’émanciper. En 2007, il rafle la circonscription, puis la mairie un an plus tard. Sarkozy flaire l’ambitieux efficace. Copé veut le parrainer, en voisin et ami. "Je suis l’autre député de Meaux", précise-t-il, et il lui obtient cette charge de rapporteur qui a mal tourné. L’Elysée le fait bombarder directeur de campagne de l’UMP aux européennes. "Quand je pense que je votais non à Maastricht à 18 ans!", confesse Franck Riester. Le faux gamin qui va cornaquer Barnier et Dati, sous l’oeil intéressé de la droite qui regarde s’envoler un autre aigle de Meaux?

Par Claude ASKOLOVITCH
Le Journal du Dimanche

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